kadath

le 2 bis

historique

musiques

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revue de presse

Où sont narrés quelques épisodes ayant fortement contribué à la naissance de Kadath et à ses prolongements.


J’aurais de la peine à expliquer avec précision par quels cheminements tortueux je me suis retrouvé pendant près de deux ans au bord de la Marne, dans une “communauté hippie”, à élaborer la musique des chansons de Catherine Ribeiro, en vue de son premier disque chez Festival, avec Bernard Pinon, maître des lieux et constructeur d’instruments délirants (dont une trompe marine : 2 cordes tendues sur un chevalet partiellement mobile qui vibre contre la table et construite à partir d’une pointe de skiff), et Patrice Moullet, guitariste et expérimentateur d’une autre construction maison, une sorte de guitare-lyre baptisée “cosmophone”.

Nos moyens techniques étaient assez limités : un harmonium, une demi caisse claire posée sur un tonneau (puis quand même plus tard une batterie, mise à disposition par un ami), un antique Revox et une radio pour toute amplification. Il ne reste probablement rien des quelques enregistrements que nous faisions au 2 Bis, et c’est dommage, parce que ces musiques étaient bien plus intéressantes que ce que nous étions tenus de faire en studio (en ce temps là, derrière un chanteur ou une chanteuse, les instruments n’étaient considérés que comme un vague et lointain accompagnement décoratif).

Le disque fut enregistré au printemps 1969, et en automne, une série de concerts fut donnée au Lucernaire, à Paris, juste à côté du Café de la Gare de Romain Bouteille. Mais quelques petits problèmes réciproques d’ego entraînèrent l’interruption des concerts et le désistement du 2 Bis.

Entre deux, le 2 Bis avait participé à une création théâtrale collective, Pétrole, qui se donna un mois au même Lucernaire, parallèlement à Niok, le spectacle délirant qu’improvisaient chaque soir le trio Brigitte Fontaine, Jacques Higelin et Areski, et en alternance avec des concerts de l’Art Ensemble de Chicago ou de tous les musiciens de free jazz qui débarquaient à Paris. C’est dire si ça bouillonnait de créativité excitante.

Avec la même troupe de théâtre, nous avions aussi enregistré pour la télévision un autre spectacle, joué dans les costumes les plus improbables que nous avions pu trouver dans le magasin d’accessoires, et basé sur des textes de Jean Genêt.

Nous avons aussi participé à une sorte de happening au centre culturel américain (nous improvisions tandis que l’artiste tendait des fils en tous sens au travers de la salle) et travaillé avec le chanteur Jean-Pierre Huser pour enregistrer une maquette. Et fin 1969, en décembre je crois, nous avons joué en première partie de Soft Machine à Genève, soirée qui avait été organisée par le journal Oeuf qui était éclos des mêmes bouillonnements qui avaient généré ma propre trajectoire.

Dans une autre formation, avec Ernest, jeune guitariste français hyper doué et Fred, un anglais de passage, sous le nom de Daily Love Times nous massacrions joyeusement des morceaux de Jimi Hendrix le dimanche après-midi dans un centre pour jeunes désoeuvrés.

Il y avait pas mal de gens de passage dans la communauté (les adresses de ce genre d’endroits circulaient vite), avec tous les problèmes petits ou gros, relatifs à la nourriture ou au ménage que cela comporte. En 1970, pour désengorger les lieux, la colonie suisse s’installa dans un appartement de la maison voisine, et y gagna une relative tranquillité, entre les descentes de police ou les commandos de casseurs qui rendaient l’atmosphère de plus en plus malsaine.

Mais, lorsqu’un incendie douteux détruisit une partie des bâtiments, ce fut le signal du départ vers de nouvelles aventures moins périlleuses, et les rescapés suisses, de retour à Lausanne, reprirent leurs activités sous le nom de Kadath.


Voir aussi : http://fr.wikipedia.org/wiki/2_bis

Gérard - 2ème guitare, Bernard - trompe marine et construction d’instruments, Catherine - chanteuse, Patrice - guitare et cosmophone, Alain - orgue et percussions.




Jean-Pierre Bouyxou & Pierre Delannoy :
“L’aventure hippie” - Editions du lézard 1995


“... Chez les journalistes, le mouvement hip a aussi ses zélotes. Bizot, bien sûr ; Bercoff, qui effectue dès novembre 1969, à Nogent-sur-Marne, sa première plongée dans « le micro-univers parallèle où les relations humaines s’essaient à de nouveaux registres »”.

2BIS : Voyage 1 (MP3 5:30, 7.56 Mo)
L’idée de base était une séquence improvisée avec Patrice au cosmophone et moi-même avec un modeste accord d’orgue, qui devait être débitée pour servir d’interludes entre les morceaux. Les enregistrements étaient faits sur des chutes de bandes déjà utilisées et, lors de l’écoute, l’ingénieur du son avait laissé toutes les pistes ouvertes, ce qui fait qu’au bout de deux ou trois minutes apparaissaient, à l’envers et dans la bonne tonalité, les restes de la musique qui se trouvait précédemment sur la bande (un tube que je vous laisse deviner).
Le morceau est resté tel quel, à part l’adjonction plus tard d’une partie de tabla, puis d’une deuxième batterie.
À la fin de la dernière séance a eu lieu un autre enregistrement, apocalyptique, avec le 2Bis en entier et qui n’a jamais été édité (probablement impubliable).

Après le 2Bis, Patrice Moullet créa Alpes qui accompagna Catherine Ribeiro encore de nombreuses années. Puis il se consacra principalement à l’élaboration de toutes sortes de machines musicales et de sculptures sonores étonnantes, alliant haute technologie et électronique et avec la collaboration de compositeurs, danseurs, percussionnistes, etc. pour différents spectacles, installations, expositions.

www.patricemoullet-alpes.com